Grâce à l'intelligence artificielle, le célèbre personnage de Bouki l'hyène renaît sur les réseaux sociaux sénégalais, illustrant la formidable capacité d'adaptation de l'imaginaire africain aux technologies modernes.
Les plateformes numériques sénégalaises voient fleurir de courtes vidéos générées par l'intelligence artificielle mettant en scène Bouki l'hyène, un personnage incontournable du folklore local. Ce phénomène témoigne selon les observateurs d'une résurgence de la fonction originelle du conte africain, qui utilise la satire animale pour refléter les comportements humains et corriger par le rire. Si les outils technologiques ont évolué, les ressorts narratifs restent ancrés dans les traditions orales où les animaux personnifiés font écho aux réalités de la société contemporaine.
Le conteur Pape Samba Sow rappelle que cette transmission par le rire possède une forte dimension pédagogique et critique, popularisée autrefois par les veillées nocturnes et des œuvres patrimoniales. Aujourd'hui, ces créations numériques s'emparent de l'actualité pour commenter les enjeux sociaux et politiques du pays, démontrant que l'imaginaire traditionnel ne s'éteint pas mais migre vers de nouveaux espaces d'expression. Cette transition numérique offre une visibilité inédite à un art longtemps considéré comme mineur face au théâtre.
Au-delà du divertissement, l'intelligence artificielle représente également une opportunité précieuse pour relever le défi de l'archivage culturel. Cet outil technologique pourrait faciliter la collecte, la transcription et la préservation de la mémoire immatérielle, garantissant ainsi la transmission des savoirs aux générations futures. L'objectif demeure néanmoins de veiller à ce que la technologie serve l'oralité et les détenteurs de savoirs endogènes sans jamais l'étouffer.